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Dominique Delpoux, la singularité des gens ordinaires

Interview

Dominique Delpoux et son fils Clément - ©Dominique Delpoux ©Dominique Delpoux

Comment qualifier Dominique Delpoux ? Est-il photographe portraitiste ? Documentariste ? Sociologue ? Ou simplement un observateur curieux de la nature humaine ? Sûrement tout cela à la fois.

En tout cas, Dominique aime « les gens ». Dans une recherche permanente d’identité, de représentation sociale, il met en avant des femmes et des hommes ordinaires. Ouvriers, agriculteurs, bergers, artisans, maires, cuisiniers, hommes d’église, chasseurs… Des franges de la population souvent oubliés, car bien-sûr, un boucher est beaucoup moins glamour qu’un joli mannequin. Mais beaucoup moins lisse aussi et cela interpelle.
Ces gens, ils pourraient être vous… ou moi.

Ce désir de proximité, d’échange, cette envie de raconter une histoire transpire de chaque portrait de Dominique Delpoux qui nous emmène avec émotion dans le quotidien ordinaire de personnalités singulières, par un regard juste, porté sur l’humain contemporain.



Dominique, comment es-tu venu à la photo ?
J’ai commencé la photographie il y a 30 ans environ, en amateur. Je travaillais dans une coopérative agricole et faisais de la photo pour mon plaisir.
Licencié pour des raisons économiques, j’ai décidé en reconversion, de passer un diplôme de photographe en deux ans (équivalent BTS).
J’ai alors entamé un travail d’école sur les mineurs de Carmaux, présenté pour le Prix Kodak de la critique photographique en 1994, que j’ai remporté.
Cette série a ensuite été exposé à Arles (où j’ai également été lauréat du Panorama européen de la jeune photographie professionnelle) et a tourné dans plusieurs lieux d’exposition durant 2 ans, notamment au Château d’eau à Toulouse.

Comment travailles-tu ?
Mon travail se divise en plusieurs parties. D’un côté des travaux personnels de recherche et d’expérimentation. Ce sont toutes mes séries de portraits.
Parallèlement à cela, je suis représenté par l’agence Vu et réalise des reportages en commande pour la presse, les institutions ou à mon initiative.
Egalement, je réponds régulièrement à des demandes communication ou corporate, comme pour la campagne de prévention des Fêtes de Bayonne par exemple.Enfin, j’interviens en centre de formation ou en workshop sur les festivals.

J’articule ces différentes parties en symbiose, elles se répondent. Les commandes me donnent les moyens financiers de poursuivre mon travail personnel, les formations de réfléchir différemment pour transmettre, en m’incitant à me poser ou me reposer certaines questions.
Tout cela me donne de l’air. Pour moi, c’est important de travailler tout le temps, d’ouvrir le champ des possibles. J’essaie de toujours faire mon travail au mieux et j’y prends beaucoup de plaisir. J’aime mon travail de commande. Je suis payé pour réaliser un cliché et le déroulé est assez simple en fait. C’est beaucoup plus stressant de travailler sur une série personnelle. Il y a un véritable enjeu derrière, beaucoup d’investissement et d’émotions.

Pourquoi t’être focalisé sur le portrait ?
J’ai commencé la photographie il y a 30 ans environ, en amateur.
Parce que j’aime les gens. Je ne suis pas un contemplatif. Un paysage même très beau me semble trop simple. Ce décor ne m’intéresse que s’il porte la trace de l’Homme. D’ailleurs, dans mes commandes de reportages, si je le traite différemment de mes séries personnelles, je vais toujours aller chercher l’Homme dans le sujet ou le lieu.

Au départ je m’étais dirigé vers une photographie de rue. Toutes les personnes à qui je montrais mes clichés me disaient « Ça fait penser à William Klein ». D’une part, je ne voulais pas faire des photos « à la manière de », ensuite, je me suis rendu compte que la photographie grand angle ne me donnait aucune proximité avec les gens, j’étais simplement à côté d’eux. Plutôt que de photographier des personnes, j’ai décidé de photographier LA personne et suis passé au moyen format. Je suis arrivé à quelque chose de plus essentiel pour moi, basé sur l’échange, le dialogue et le partage.

Comment choisis-tu tes sujets ?
J’essaie de traiter des questions de la représentation sociale et de la notion d’identité.
A quoi s’identifie t’on ? Quelles sont les similitudes ou les oppositions entre les personnes et les situations ? C’est pour cette raison que j’ai réalisé plusieurs séries en dyptiques, ce format permet de confronter des points de vue divergents dans une même image, saisir deux facettes d’un même individu.
Je vais aussi sur des séries un peu différentes comme les zadistes de Sivens ou les chasseurs, qui amènent d’autres questionnements en rassemblant plusieurs individus dans une même situation, au lieu de voir la même personne dans deux contextes distincts.
Ce sont des images à visionner horizontalement, les unes à la suite des autres, un peu comme ma toute première série sur les mineurs. Cela leur donne une certaine transversalité.

Quels-sont tes actualités du moment ?
J’ai commencé il y a quelques mois une série sur les personnes ayant des animaux domestiques singuliers (sanglier, renard, serpent, panthère…).
Les animaux de compagnie « traditionnels », chiens, chats, chevaux… sont totalement domestiqués par l’Homme et ne peuvent d’ailleurs quasiment pas vivre sans eux, ils ont perdu leur nature originelle. Il n’y a donc plus à les apprivoiser. Ce qui m’intéresse ici c’est de questionner le rapport Homme/animal, ce désir parfois inconscient de dominer, ce besoin de victoire de l’Homme sur la nature sauvage.

Et juste avant cela, toujours dans le thème de cette relation Homme/animal, j’avais réalisé la série « Chasseurs, piégeurs et louvetiers ». Je ne suis ni pour, ni contre la chasse, je trouvais simplement intéressant de me confronter à une scène de genre : le portrait de chasse. Et si l’on veut aller un peu plus loin dans l’humour ou l’ironie, on peut également faire le parallèle avec l’essence même de la photographie qui est d’immortaliser un instant mort !

Jusqu’au 4 juin, je participe également à Usimages, biennale de la photographie industrielle, organisée par l’agglomération Creil Sud Oise. J’y exposerai ma série sur les ouvriers de la Cofra. Une douzaine d’expositions en plein air seront à découvrir dans différentes villes de l’agglomération, avec des parcours en bus. Plus d’infos sur le site de l’agglo creilloise.

Depuis combien de temps travailles-tu avec Picto Toulouse ? Que t’apporte cette collaboration ?
On se connaît depuis 6/7 ans. C’est un de mes prestataires sur une expo qui a souhaité faire tirer mes clichés chez Picto Toulouse, je n’y voyais aucun inconvénient. De mon côté, je travaillais avec un concurrent pour mes travaux personnels et m’en contentais jusque-là. J’ai toute de suite vu la différence !
La compréhension avec Patrick Barbeau a été immédiate, avec des tirages de très grande qualité. J’ai apprécié le fait qu’il peaufine les détails jusqu’à ce que je sois entièrement satisfait. Depuis, je ne travaille plus qu’avec Picto. Et Patrick et moi avons une véritable relation humaine, devenue aujourd’hui plus amicale que cordiale !

Merci Dominique pour ta simplicité et ton humanité, et à bientôt pour de nouvelles rencontres en portrait !
Retrouvez quelques photos de Dominique ci-dessous et plus sur son site : http://dominiquedelpoux.fr
Ou sur sa page facebook.



 

Yona Maassen, femme photographe, photographe des femmes

Rencontre

Yona Maassen Crédit photos : Yona Maassen

Non. Yona Maassen ne photographie pas que des femmes. Ce titre est un simple clin d’œil à « Hors-jeu », projet à découvrir un peu plus bas…
En fait, Yona photographie l’Humain.
Après une escale ratée en école de photo et divers petits boulots, elle revient à la photographie justement grâce à cette envie d’observer, de comprendre, d’humaniser et de montrer des personnes ou des actes qui pour beaucoup restent en marge.
Elle porte ses sujets, longtemps. Le temps qu’il faut pour entrer un peu dans l’intimité des âmes… du vieil homme vivant dans la rue aux rygbywomen, en passant par la vie en roulotte, l’humanité est partout dans les clichés de Yona.
Des portraits touchants de simplicité, sublimés par l’instantanéité de l’argentique.
Rencontre…


Yona, raconte-nous un peu ton parcours. Comment as-tu commencé la photo ?
J’ai un parcours un peu particulier. A 15 ans, j’ai quitté Toulouse pour habiter chez ma tante à Paris. En bonne adolescente que j’étais, je n’avais envie de rien, elle m’a un peu forcé à me bouger, me demandant ce que j’aimais faire dans la vie.
La photo me plaisait bien mais j’ai très vite été déçue par l’école et suis partie au bout de 6 mois. En revanche, le travail d’iconographe que je faisais pour l’agence de presse Starface, qui m’avait accueillie pour ce CAP en alternance était passionnant. J’y suis restée 4 ans.
Ensuite, j’ai eu ma fille et suis revenue à Toulouse où j’avais tous mes amis et pendant 10 ans, je n’ai pas touché un appareil photo.
Et un jour, le virus m’a repris. C’est parti d’une rencontre, un SDF que j’ai croisé. Il s’est passé quelque chose. J’avais envie de construire et profitant d’une période de chômage, j’avais du temps, du coup je l’ai suivi durant un an !

Quels sont tes sujets de prédilection ?
Je m’intéresse aux personnes qui vivent en marge de la société. Depuis 3 ans, je suis un groupe de filles qui vivent en roulottes au cœur des montagnes ariègeoises.

Parle-nous de « Hors-jeu », série consacrée aux joueuses de rugby. Comment est né le projet ?
Toujours dans cette idée de traiter des sujets en marge, l’équipe féminine du Stade Toulousain (STRF) est toute récente. Jusqu’ici, les filles qui voulaient jouer au rugby en Haute-Garonne devaient aller à Fonsorbes ou Saint-Orens. En 2015, après de longs mois de discussion, le Stade a enfin accepté d’ouvrir une équipe féminine, mais sans leur offrir aucun soutien qu’il soit financier, logistique ou médiatique. J’ai suivi cette équipe en immersion (entrainements, déplacements, etc.) durant toute cette première année et réalisé une série intitulée « Women ». Ces filles se sont débrouillées toutes seules et ont tout gagné ! L’équipe est entré dans le Top 8 (championnat féminin de 1ère division, ndrl) dès la saison suivante.
J’ai décidé à ce moment d’élargir le sujet en passant à des portraits posés, les meilleurs équipes allaient venir jouer à Toulouse au moins une fois par mois, c’était donc le bon moment pour leur offrir la visibilité qu’elles méritaient, de les mettre en lumière.
Je souhaitais par là faire prendre conscience au grand public de la difficulté des équipes féminines à pratiquer le rugby à haut niveau. Elles ont trop peu de moyens, doivent effectuer de longs trajets en bus sans pouvoir dormir sur place la plupart du temps et bien sûr, elles travaillent à côté, élèvent leurs enfants parfois, etc.
J’ai réalisé les portraits à chaud, souvent en sortie de match. On y retrouve la dureté de ce sport, avec les vêtements sales et les blessures, le visage de la victoire ou de la défaite…
Je trouvais important de pouvoir représenter ces championnes, de leur apporter un peu de reconnaissance. Elles sont dans l’ombre contrairement aux rugbymen, alors que beaucoup s’accordent à dire que le rugby féminin est plus intéressant à regarder et que le public est demandeur.

Et comment s’est construite l’expo, que l’on a pu voir à Toulouse tout le mois de mai et qui tournera prochainement dans d’autres villes du Top 8 ?
Nous sommes 3 à l’origine du projet, Xavier Larroque, directeur de l’association « Le Studio Français et Aurélie Morandin, ancienne joueuse du STRF.
Dès le départ, nous voulions taper fort, que les photos soient vues, affichées en grand format sur des murs de la ville, même si nous avons dû trouver des compromis au regard de la difficulté d’obtenir les autorisations dans les délais (plus de détails sur les aspects techniques dans la rubrique expos de cette newsletter).
La mairie de Toulouse nous a soutenu à travers Laurence Arribagé, adjointe aux sports. D’autres financements sont venus de partenaires privés et d’une collecte de crowdfunding. Nous avons aussi monté un partenariat avec Tisséo pour l’affichage dans le métro et les bus.
Notre objectif à terme est d’exposer dans toutes les villes du Top 8.

Comment s’est passée votre collaboration avec Picto Toulouse ?
Le choix de Picto s’est imposé naturellement. Je connaissais leur travail, et leur confier le montage et les tirages de l’expo nous a semblé évident.
Ils nous ont beaucoup aidé, respectant toutes les contraintes qu’impose une exposition d’envergure, que ce soit en termes de budget, de délais et d’idées innovantes.
Je considère Picto comme un partenaire créatif de cette aventure, ils ont apporté leur savoir-faire et résolu pas mal de problèmes techniques.
Et le résultat est là…

Merci Yona, à bientôt pour un nouveau championnat !

En savoir plus sur Yona Maassen : www.yonamaassen.com
Site officiel de l’expo Hors-jeu : www.horsjeu2016.fr

Hors-jeu - Yona Maassen Hors-jeu © Yona Maassen
 

Julien Escafit, créateur recréateur

Julien Escafit - Projet Ballons Julien Escafit – Projet Ballons

Entre Toulouse et Berlin, Julien Escafit ne se contente pas de capturer le monde qui l’entoure. Tour à tour photographe, sculpteur, vidéaste… il le recrée, le déforme, le transforme, l’embellit…
Julien assemble, expérimente et donc questionne nos modes de vie et nos pratiques quotidiennes grâce à différents matériaux et médias, dans un jeu permanent de détournement créatif.
Bienvenue dans l’univers décalé de Julien Escafit !

Julien, la photo est souvent pour toi une finalité qui permet de garder une mémoire d’œuvres éphémères. Peux-tu nous parler de ta démarche ?
Il y a deux approches qui me passionnent dans la photo : la première est celle de mes débuts en argentique, purement « contemplative ». Celle ou je choisis un sujet, un instant de réel sans mise en scène, sans intervenir sur le fond, en le captant de la façon la plus juste, essayant de trouver un cadre, un regard singulier et original. J’aimais la magie de la chambre noire mais mes prises de vues de l’époque étaient très travaillées, trop réfléchies, figées.
Le numérique m’a amené à plus de spontanéité. N’ayant plus la barrière financière de l’achat de pellicules, le développement, etc., je suis devenu un « boulimique » de l’image, faisant parfois des centaines de clichés par jour !
Puis j’ai fait une overdose… Aujourd’hui, je travaille différemment, je suis revenu à l’argentique en achetant de vieux appareils moyen format (un Rolleiflex et un Hasselblad). J’ai repris le temps, alors qu’avec le numérique, tout allait trop vite, finalement.

Ma seconde approche est plus « conservatrice », permettant tout simplement de garder la trace d’une installation éphémère, présentée le temps de son exposition.
Puis j’ai fait migrer certaines de mes installations d’un lieu d’exposition en intérieur vers l’extérieur. De là est partie une réflexion sur le rôle et l’importance de la photographie en tant que partie intégrante de l’œuvre.

La série « Ballons » par exemple, résulte totalement de ce questionnement. Ce n’est pas une performance au sens propre du terme car elle n’a pas été conçue pour être vue par un public dans son instant. La mise en scène est pensée uniquement dans le but de réaliser des prises de vues photo et des captations vidéos.
Dans ce cas précis, la photo est à la fois l’un des matériaux de construction de l’œuvre (par son cadre, sa composition…) mais aussi son unique matérialisation.

C’est justement du projet « Ballons » qu’est tirée l’image de la carte de vœux 2016 de Picto Toulouse. Qu’as-tu voulu exprimer derrière cette apparente simplicité, pleine de légèreté et de poésie ?
Ma pratique artistique a toujours été guidée par le jeu. J’essaie de cultiver et conserver le plus possible mon âme d’enfant, car je suis persuadé que c’est ce qui nous permet de rester créatifs, de garder un regard attentif et curieux sur ce qui nous entoure.

Cela explique certainement pourquoi, dans mes créations, je reste très attaché à une certaine forme de légèreté, qui me permet par la même occasion de ne pas trop me prendre au sérieux !


 Les œuvres d’où se dégage une « idée toute simple » me touchent particulièrement, comme celles d’Erwin Wurm ou Joana Vasconcelos, pour ne citer qu’eux…
Dans ces œuvres, le pouvoir attractif de leur apparente simplicité dissimule un dialogue et des questionnements bien plus profonds.
 J’apprécie aussi l’humour et l’ironie dans une image, sa simplicité « racoleuse » qui suscite l’interrogation après une première lecture très directe.

Et cette série est totalement partie d’un jeu. Lors d’un voyage à New-York avec quelques amis, nous avons dîné dans un restaurant décoré de ballons à l’hélium. J’en ai accroché à mes cheveux par amusement et me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose à en tirer.
Les ballons sont très connotés, ludiques, artificiels, fragiles et éphémères. Ils s’opposent complètement au naturel et à la solidité des cheveux (qui, dans ce cas remplacent la ficelle). De là, je pouvais imaginer une multitude de mises en scènes, dans des situations très diverses.

Dans la photo choisie pour la carte de vœux 2016 de Picto Toulouse, la mise en abîme de la flottaison (mes cheveux flottant dans l’air, soulevés par les ballons, moi flottant sur l’eau maintenu par la barque) m’avait semblé intéressante à expérimenter, justement pour insister sur une certaine forme de légèreté.
J’avais initialement pensé faire une prise de vue dans l’eau, mais lorsque je suis arrivé au lac avec mes ballons, les volets de la seule maison présente se sont ouverts. Une femme en est sortie avec ses enfants, c’était son anniversaire !
Elle a été très heureuse et amusée de nous trouver là et m’a proposé sa barque pour réaliser un cliché. Cette image est donc le fruit d’un simple hasard, et du coup une création spontanée, c’est aussi ce que j’aime dans cette photo.
J’y retrouve cette superposition et cette confrontation d’éléments propices à la rêverie, où chacun reste libre de sa perception, de son interprétation.
Comme la plupart des images de cette série, elle reflète la légèreté d’une action éphémère, une « furtive intrusion humaine », artificielle et colorée, dans des lieux qui semblent immobiles et éternels, bien que de plus en plus fragiles eux aussi.
Cette légèreté évoque aussi pour moi la touche d’optimisme propre à l’esprit humain, qui, un peu naïvement, cherche très souvent à intervenir sur la nature, ou même à en supplanter la beauté.

Il y a d’ailleurs dans tes œuvres un rapport fort à la nature, peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?
La nature est effectivement une de mes sources d’inspirations. Tant par son côté « campagne » que par celui, plus sauvage, des friches urbaines où elle reprend ses droits sur la création humaine.
J’aime brouiller les pistes, me sentir dépasser par mes sujets. C’est aussi ce qui me passionne chaque fois que je me lance dans une nouvelle création : quand elle n’est plus totalement maîtrisée, ni la simple illustration figée d’une pensée, mais qu’elle finit parfois par me dépasser en allant au delà de mes espérances…

La friche urbaine est un terrain de « liberté provisoire » d’où se dégagent inévitablement des notions de temps… et à mon grand regret, elle est aussi généralement vouée à disparaître. J’aime donc énormément mettre en scène des œuvres éphémères dans ces lieux qui le sont tout autant. Et l’opposition entre le naturel et l’artificiel y crée une ambiance vraiment unique.
En cela, Berlin est un terrain d’expérimentation incroyable !

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?
Ces derniers temps, j’ai pas mal travaillé sur du design d’objets (essentiellement des pièces uniques en acier ou acier et bois)… et même si c’est aussi quelque chose que j’adore faire, je souhaite à l’avenir pouvoir consacrer beaucoup plus de temps à ma pratique artistique.
J’ai des carnets de croquis remplis de projets qui s’accumulent et n’attendent plus qu’à en sortir !
Je prépare aussi des dossiers de candidature car j’espère pouvoir intégrer prochainement un programme de résidence d’artiste.
Je continue la photo… et depuis quelque temps, je prends également un grand plaisir à la pratiquer depuis le ciel ! J’ai trouvé dans la pratique de l’ULM une formidable façon d’allier deux de mes passions.
Sinon, je suis actuellement entrain d’organiser mes clichés en séries pour les publier sur mon site et, pourquoi pas, les exposer.

Enfin, je vais clôturer ma série « ballons », sous la forme d’un triptyque vidéo dans lequel je couperai mes cheveux.
Pour ce tournage, qui devrait avoir lieu cet été à Paris (à la Galerie du Jour d’agnès b.), il me faut constituer très prochainement une équipe de réalisation.

Depuis combien de temps travailles-tu avec Picto ? Qu’apporte cette collaboration à ta démarche artistique ?
Mes tirages pour les expos « Ballons » ont été notre première collaboration. Et ce ne sera pas la dernière ! Je connaissais Picto Toulouse par sa très bonne réputation pour les tirages pros, mais comme tout artiste aux poches vides, je n’avais jamais passé le cap de faire réaliser des tirages…
Début 2015, j’ai été en relation avec l’équipe du festival « Traverse Vidéo » pour réaliser une expo. D’abord dans les boutiques « agnès b. » du centre ville, puis au Jardin Raymond VI. J’ai donc contacté Picto Toulouse pour réaliser ces tirages.
Leur soutien m’a permis de sortir des tirages Dibon pour « agnès b. » et des bâches de 2m30x1m50 pour l’expo en extérieur.
J’ai tout de suite apprécié l’ambiance familiale de cette entreprise à taille humaine, où l’on travaille en équipe avec des techniciens à l’écoute et de bon-conseil. Ils m’ont été d’une aide précieuse grâce à un savoir-faire technique et un travail de grande qualité.

Merci Julien, j’espère te revoir bientôt, les cheveux courts !

L’expo « Ballons » est actuellement présentée à la Mairie de Toulouse, Place du Capitole.
Retrouvez aussi l’expo 2015 aux Jardin Raymond VI grâce à une vidéo du magazine web Kunzite
Et découvrez tous les projets de Julien Escafit sur son site

Projet Ballons Projet Ballons © Julien Escafit
Hors champ Hors champ © Julien Escafit
Urbanisme et utopie Urbanisme et utopie © Julien Escafit
Provisions Provisions © Julien Escafit

Nicolas Sénégas, parfait artiste imparfait…

Nicolas Sénégas - ©Erika Grace Nicolas Sénégas – ©Erika Grace

Nicolas Sénégas a tout d’abord étudié l’anthropologie avant de se consacrer à la photographie il y a une dizaine d’années.
Ce parcours atypique pose les bases de sa démarche artistique singulière : mises en scène surréalistes et retouche photo qu’il élève au rang d’art, son travail tourne principalement autour du corps humain en évolution. Une démarche spirituelle, recherchant l’être dans sa plus (im)parfaite humanité.
Regardant tout prêt ou cherchant la rencontre de peuples du vaste monde, Nicolas Sénégas nous ouvre l’esprit et fouille un peu plus loin dans les méandres de notre conscience.

Bonjour Nicolas, c’est assez peu commun de passer de l’anthropologie à la photo. Comment en es-tu arrivé là ?
C’est un coup de chance… Ou pas d’ailleurs ! A 17 ans, je pratiquais déjà la photo et avais d’abord pensé à faire des études dans l’image, mais mon choix s’est finalement porté sur la biologie. J’ai ensuite évolué jusqu’à un doctorat d’anthropologie car je trouvais le sujet passionnant, tout en continuant la photo pour mon plaisir.
On m’a fait comprendre au bout d’un moment qu’il fallait choisir entre les deux. J’ai penché pour la photo, tout en conservant ma curiosité pour l’anthropologie.
C’est d’ailleurs cela qui m’amène à voyager pour des commandes scientifiques, par exemple en Mongolie ou en Yakoutie (province du nord est de la Sibérie, ndrl) pour photographier des fouilles, des autopsies… Le fait de comprendre le sujet photographié facilite beaucoup ce travail très technique.
Et concernant la photo et la retouche, je suis quasiment autodidacte, à part des bases en photographie argentique.

Justement, au sujet de la retouche. Combien de temps passes-tu sur une photo ?
Je fais bien sûr un gros boulot de recherche de textures, de matières que j’ajoute au final, mais au départ il y a un vrai travail photographique sur le sujet, la pose, le maquillage, la lumière… pour que la plus grande partie de l’image soit réalisée en réel.
Pour les personnages en cuir par exemple, je les ai entièrement peints en noir, j’ai ensuite simplement ajouté la texture cuir à la retouche. En fait, la difficulté est de trouver le petit effet qui donnera un plus à l’image sans la plomber.
Au niveau du temps passé, c’est très variable, d’une heure à trois ou quatre jours parfois !
Et il y aussi le travail de réflexion préalable qui dans certains cas peut être plus long encore.

Ton travail personnel peut sembler étrange à certaines personnes, voir dérangeant. Par exemple, tes personnages sont régulièrement représentés sans yeux. Quel est le message derrière ces images atypiques ?
Je cherche à faire ressortir le côté humain, un peu « Frankenstein », à questionner le lien entre l’apparence intérieure et extérieure. La photo donne l’avantage de pouvoir rechercher dans un sujet un tempérament ou une esthétique, ou parfois les deux d’ailleurs. J’essaie toujours de trouver une particularité à mettre en avant.
Concernant les yeux, j’aime ce parti pris de juger sans voir. C’est intéressant de casser les codes. Par exemple, lorsque je fais des photos de mode, j’aime en plus des mannequins « conventionnels »,  » beaux  » selon les canons actuels, faire travailler des modèles plus atypiques, différents… des personnes qui ont « du chien » ! C’est ce que j’ai fait dans mon avant-dernière série réalisée pour le magazine OOB, avec une thématique qui se prêtait a ce jeux. Dans le numéro de ce mois-ci, la série est plus axée sur le corps impressionniste.

Tu travailles beaucoup en noir et blanc ou monochrome. Pourquoi ?
Parce que j’adore ça, il y a beaucoup à dire en noir et blanc. Ça permet aussi de mettre une distance par rapport au réel, de nous plonger dans un autre univers.

Peux-tu me parler de tes commandes professionnelles ? Je pense notamment à l’enseigne de décoration «Les Héritiers» ?
Je travaille souvent avec les 2 décorateurs « Les Héritiers » soit pour des hôtels de Luxe, soit en travaillant sur des commandes qui sont plus des collaborations comme dans le cas du salon Maison & Objet de Paris, où il s’agissait de monter une série de photographies sur les statues de Paris et de créer une galerie avec des tirages d’art.
En général, on me propose une thématique et je cherche à y apporter mon point de vue personnel. En ce moment je termine une série sur les réverbères et les lueurs des rues de Paris pour un hôtel situé dans le quartier latin à Paris.

De nouveaux projets en perspective ?
J’ai plein de projets personnels laissés en suspend. Mes commandes sont bientôt terminées, je vais donc pouvoir m’y consacrer.
Je travaille pour «Eths», un groupe de métal marseillais.
Il y a aussi, «Corpus Christix» (à voir sur le site officiel, ndrl). Pour le moment je n’ai photographié qu’un seul modèle, mais j’aimerais continuer à travailler ce côté iconique et androgyne, ce mélange des genres qui le rend quasiment neutre.
Dernièrement, j’ai également chiné beaucoup d’objets en vieux cuir que j’aimerais marier à un travail sur le corps. Je suis aussi à la recherche de matières et de nouveaux modèles à photographier.
Enfin, je commence tout juste la retouche des photos personnelles, prises en Mongolie cet été. Je profite en effet de ces voyages anthropologiques pour aller à la rencontre des nomades, m’immerger et faire leur portrait.

Depuis combien de temps travailles-tu avec Picto Toulouse ? Que t’apporte cette collaboration ?
Depuis une dizaine d’années déjà. On se connaît bien, ils comprennent et tolèrent mes exigences artistiques, ils savent ce que je recherche, m’aident à trouver des matériaux originaux et des solutions techniques, font des tests… Ils me préviennent aussi en amont quand un tirage n’a pas le rendu souhaité et m’orientent pour le retravailler différemment.
C’est un vrai travail d’équipe !

Merci Nicolas ! A bientôt dans de nouveaux univers…

Pour en savoir plus sur Nicolas Sénégas, vous pouvez visiter son site : www.nicolassenegas.com
Ou suivre son actualité sur sa page facebook : www.facebook.com/nicolas.senegas

Nicolas Sénégas - Black Mickey © Nicolas Sénégas

Pascal Bachelet, humain par nature

Pascal Bachelet Pascal Bachelet

Il y a une quinzaine d’année, Pascal Bachelet quittait un confortable fauteuil de cadre dirigeant pour réaliser son rêve : devenir photographe…
Une attitude qui dénote un grand courage sûrement, un petit brin de folie aussi. Une porte tournée sans regret, pour s’ouvrir entièrement à une passion pour la photo certes, mais pour la nature et la nature humaine plus probablement. Derrière son objectif, Pascal Bachelet parcoure la France et le monde, en quête de chemins à découvrir et de rencontres à partager.
En route !

Pascal, parlez-nous un peu votre rapport à la nature et à l’humain, qui sont vos sujets de prédilection.
Je fais avant tout un travail documentaire qui porte non seulement sur les paysages, mais aussi sur les habitants, les gens qui font vivre ces lieux. J’ai aussi un travail de photographe reporter, notamment pour la Croix-Rouge avec qui je collabore assez régulièrement et qui m’envoie en reportage, essentiellement en France.
Le but est d’apporter un témoignage de ce que sont et ce que font les personnels œuvrant dans leurs établissements, et des actions mises en œuvre sur des sujets aussi divers que l’autisme, les malades Alzheimer, les jeunes en difficulté, le handicap, les maraudes…
J’ai souhaité devenir photographe pour faire ce type de reportages. Les documentaires portant sur les paysages et en découlent tout naturellement. Lorsque je pars pour un projet, je veux revenir avec des images qui soient le plus juste possible, un reflet de la réalité. Du coup, avant de photographier, je fais un long travail de préparation et d’immersion. Je prends le temps d’expliquer ma démarche et de m’intéresser vraiment aux gens que je rencontre. Grâce à cela, ils me font confiance et mes photos sont au final le fruit d’une vraie réciprocité.

C’est pour cela que j’ai tout quitté : pour le bonheur d’aller vers les autres derrière le prétexte de mon appareil photo, avec cette envie de marcher pour découvrir et vivre un lieu, de m’immerger. Quand on photographie, on va au delà du simple aspect des choses, cela pousse la curiosité naturelle.

Vos projets d’expos s’accompagnent presque systématiquement d’un livre. Pouvez-vous nous expliquer votre démarche ?
Effectivement, je trouve la mise en perspective qu’offre l’édition très intéressante.
Je monte toujours mes projets d’expos avec dès le départ une volonté d’itinérance et un travail avec un ou des auteurs pour donner du sens, développer un autre point de vue. C’est une manière différente de montrer un travail.
Le rapport du lecteur/spectateur n’est pas le même lorsqu’il se trouve face à une exposition ou qu’il feuillette les pages d’un livre. Il n’est pas dans la même situation et n’aura donc pas le même regard sur le sujet.
J’ai toujours l’envie, lorsque je travaille sur un livre d’associer photographies et écrits. On ne peut pas tout dire avec des photos, le texte permet de mettre en lumières d’autres facettes, d’aller plus loin.

Comment choisissez-vous les écrivains et journalistes qui collaborent avec vous ?
Est-ce la rencontre qui détermine le sujet ou bien l’inverse ?

Un peu des deux en fait. Sur certains projets, j’avais déjà en tête en les imaginant, une idée du collaborateur à qui j’avais envie de le proposer. Pour d’autres, comme par exemple « Papa, maman, la rue et moi », c’est la rencontre avec la journaliste Véronique Mougin qui nous a amené à trouver un thème de collaboration.
Elle est spécialiste de ce sujet qui m’intéressait particulièrement, nous avons donc cherché ensemble un axe de travail et choisi de mener notre enquête sur le mal logement et la vie de famille. Nous avons partagé le quotidien de ces personnes durant deux ans, pour apporter un témoignage sinon fidèle, tout au moins réaliste de leur situation(s).
C’est parfois aussi le hasard qui m’amène à collaborer avec des écrivains, journalistes. Je termine tout juste un projet sur le Mont-Blanc (développé dans le cadre d’une résidence artistique à la Maison forte de Hautetour, pour le compte de la mairie de Saint-Gervais), qui consistait à en faire le tour durant 5 semaines.
Le hasard a voulu que durant ce cheminement, je croise Manon Rescan, journaliste au Monde et randonneuse. Nous avons discuté, échangé nos coordonnées et collaborons aujourd’hui sur le livre : « Tour du Mont-Blanc », à paraître en juillet 2015. J’ai également demandé à l’historien Gabriel Grandjacques (originaire de Saint-Gervais) son éclairage sur ce territoire et ses habitants. Tout cela en fait un ouvrage riche !

Avez-vous déjà d’autres projets en vue ?
Les projets ne manquent jamais, ce sont plutôt les financements qui me freinent malheureusement. D’ailleurs, j’ai ouvert l’édition du livre « Tour du Mont-Blanc » au financement participatif sur le site KissKissBankBank.com, ce fut un franc succès car nous avons dépassé les objectifs (La souscription sur le site est terminée, mais vous pouvez toujours apporter votre contribution à l’édition grâce au formulaire à télécharger ici).
En plus du livre, mon travail sur le Tour Mont-Blanc a fait l’objet de 2 expositions. Une première sur les paysages (en novembre 2014), et une seconde, présentée jusqu’au 28 juin 2015 à la Maison Forte de Hautetour à Saint Gervais, qui montre des scènes de vie : « Visages du Mont-Blanc ». Cette exposition fera ensuite l’objet d’un itinérance dans différents lieux.
Sinon, pour les projets à moyen terme, j’aimerais refaire le même type de travail qu’au Mont-Blanc sur les Monts des Flandres (dans le Nord-Pas-de-Calais,Picardie ma région d’origine) et l’équivalent de « Carnet de Cols » (réalisé dans les Alpes sur l’itinéraire qui sépare le Lac Léman de la Mer Méditerranée) dans les Pyrénées.
J’aime beaucoup me donner des objectifs en termes d’itinérance. Par exemple dans mon travail sur le fleuve Somme, j’ai descendu le cours d’eau sur les quatre saisons, en partant de sa source jusqu’à la baie de Somme. De même avec la boucle du tour du Mont-Blanc, avec toujours ce principe d’immersion totale dans le paysage comme dans la vie de ses habitants.

Vous travaillez avec Picto depuis vos débuts, que vous apporte cette collaboration ?
Effectivement, cela fait déjà une dizaine d’années. Picto est mon premier labo et le seul finalement, car même habitant dans le Nord, je fais les déplacements à Toulouse pour travailler avec Patrick ou Lionel. Nous collaborons même parfois à distance, je sais que je peux leur confier mes tirages les yeux fermés ! Nous avons une réelle relation de confiance, un partenariat. Ils ont été très impliqués sur tous les projets que j’ai pu mener en photogravure comme pour les expos.
Chez Picto, je me sens un peu comme chez moi, nous prenons tout le temps qu’il faut ensemble pour optimiser l’image. Ils connaissent mon travail, ce que je recherche et m’aident beaucoup sur la chromie, le calage… Je me repose complètement sur eux pour tous ces aspects là. C’est très appréciable car vraiment rare.
J’ai aussi beaucoup apprécié qu’ils me présentent l’imprimerie toulousaine Reprint, qui se charge aujourd’hui de l’édition de mes livres (nous en sommes au 3ème ouvrage). Ils travaillent main dans la main et je suis parfaitement satisfait de sortir grâce à leurs équipes, un travail aussi abouti.
Ce sont des vrais professionnels et travailler avec eux m’assure donc une vraie tranquillité d’esprit !

Pascal, merci pour ce beau voyage ! En espérant vous retrouvez bientôt pour de nouveaux projets, à la croisée d’un chemin…

En savoir plus sur Pascal Bachelet : www.pascalbachelet.com

Pascal Bachelet - Tour du Mont-Blanc © Pascal Bachelet – Tour du Mont-Blanc
Pascal Bachelet - Carnet de Cols © Pascal Bachelet – Carnet de Cols
Pascal Bachelet - Croix-Rouge Française © Pascal Bachelet – Croix-Rouge Française
Pascal Bachelet - Visages d'un fleuve - La Somme © Pascal Bachelet – Visages d’un fleuve – La Somme
Pascal Bachelet - Vies d'ici - Portrait d'un village de Picardie © Vies d’ici – Portrait d’un village de Picardie